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Négocier ses fantasmes : comment demander ce que l'on désire vraiment

communication dans le kink

La plupart des personnes qui souhaitent explorer kink sont freinées non par manque de désir, mais par l'incapacité d'en parler. C'est pourquoi il est si important d'en apprendre le plus possible sur la manière d'aborder le sujet.

Le désir est là. Le fantasme est là. La curiosité est là. Mais les mots ne viennent pas. Ou ils sortent mal. Ou ils ne viennent pas du tout, et l'occasion passe, ne laissant derrière soi que ce sentiment familier de s'être privé de ce que l'on désirait.

Il ne s'agit pas d'un défaut de caractère, mais d'une lacune en matière de compétences. C'est l'un des obstacles les plus fréquents que je rencontre, chez toutes sortes de personnes et à tous les niveaux d'expérience.

Pourquoi la communication échoue-t-elle ?

Il existe plusieurs raisons pour lesquelles les gens ont du mal à parler de leurs désirs au lit ou dans un contexte kink . Aucune n'est mystérieuse ; on peut toutes les apprendre.

La honte est la réaction la plus courante. La plupart des gens grandissent dans des environnements qui considèrent certains désirs comme mauvais, impurs ou inappropriés. Si on vous a dit, directement ou indirectement, que ce qui vous excite est quelque chose à cacher, vous avez appris à le dissimuler. Cet apprentissage ne disparaît pas à l'âge adulte. Il reste ancré dans votre système nerveux et rend les mots perçus comme dangereux avant même que vous ne les prononciez.

La peur du rejet n'est pas loin derrière. Et si votre partenaire trouvait votre désir bizarre ? Et s'il/elle se moquait de vous ? Et s'il/elle refusait et que vous deviez assumer votre demande ? Pour les personnes ayant un fort besoin d'appartenance et d'approbation, le risque de rejet peut être plus difficile à supporter que le silence.

Certaines personnes ne savent pas ce qu'elles veulent. Elles ont un intérêt vague, une direction sans destination précise. Elles ne peuvent pas le demander car elles ne parviennent pas encore à l'exprimer. C'est tout à fait légitime. L'exploration précède souvent l'expression.

Enfin, il y a cette idée reçue selon laquelle votre partenaire devrait le savoir instinctivement. Que la véritable intimité consiste à lire dans les pensées de l'autre. Que poser des questions brise la magie. Cette croyance est si répandue qu'elle en est devenue invisible. Et elle est, presque toujours, fausse.

Le simple fait de poser la question est en soi une forme d'intimité. Cela montre à votre partenaire que vous lui faites suffisamment confiance pour lui dévoiler votre désir réel, et non pas seulement le feindre. Cela vaut bien plus que la gêne que pourrait engendrer la conversation.

Avant la conversation : Négocier les pratiques sexuelles non conventionnelles

Avant de parler à qui que ce soit, parlez-vous à vous-même.

L'introspection est essentielle. On ne peut négocier ce que l'on n'a pas identifié. La conversation avec votre partenaire ne devrait pas être la première fois que vous réfléchissez sérieusement à vos véritables désirs.

Commencez par vos fantasmes, même s'ils vous semblent embarrassants ou irréalisables. Écrivez-les ou dites-les à voix haute. Ne les censurez pas. Ne les évaluez pas. Observez simplement ce qui apparaît.

Demandez-vous ensuite : qu’est-ce qui m’intéresse dans ce fantasme ? Est-ce la dynamique du pouvoir ? La sensation ? La vulnérabilité ? Le contrôle ? La connexion ? Comprendre la structure sous-jacente de votre désir facilite la communication, car vous pouvez décrire le sentiment même si vous ne possédez pas encore le vocabulaire de la pratique spécifique.

Identifiez aussi vos limites. Pas seulement les limites strictes, mais aussi les limites plus souples. Ces choses qui vous semblent intéressantes en théorie, mais que vous avez trop peur d'essayer pour l'instant. Ces choses qui ne sont intéressantes qu'avec la bonne personne, dans le bon contexte, avec un environnement sécurisant.

Les limites ne sont pas des murs. Ce sont des informations. Elles indiquent à votre partenaire et à vous-même quel type de territoire vous êtes prêts à explorer et quel type vous ne l'êtes pas.

Le cadre de négociation

La négociation consiste à trouver un terrain d'entente entre vos désirs et ceux de votre partenaire, tout en respectant les limites de chacun. Il ne s'agit pas de convaincre ou de persuader, mais de trouver un terrain d'entente.

Entamez la conversation sans accusation ni pression. Au lieu de dire « Je veux ceci et tu ne veux jamais le faire », essayez plutôt : « J’ai réfléchi à quelque chose que j’aimerais explorer et je voulais savoir si cela pourrait t’intéresser aussi. ».

Commencez par partager. Dites-leur ce qui vous intrigue, ce à quoi vous pensez, ce qui vous attire. Soyez aussi précis que possible sans chercher à séduire. Le but est de communiquer et d'explorer vos fantasmes, pas de vous faire désirer.

Demandez-leur ensuite d'en faire autant. Écoutez sans porter de jugement. C'est plus difficile qu'il n'y paraît. Lorsque votre interlocuteur partage quelque chose de surprenant ou qui remet en question vos certitudes, l'instinct est de réagir immédiatement. Résistez à cette impulsion. Laissez-le terminer. Laissez l'information faire son chemin.

Trouvez les points communs. Qu'avez-vous tous les deux envie d'explorer ? Commencez par là. N'essayez pas de tout négocier en même temps. Choisissez un ou deux points pour débuter. La simplicité est plus sûre et souvent plus satisfaisante.

Mettez-vous d'accord sur un mot de sécurité. Même si l'activité dont vous parlez est douce ou peu intense. Même si vous pensez ne pas en avoir besoin. Le mot de sécurité n'est pas un signe de prudence. C'est un outil de communication essentiel. Il vous permet à tous les deux d'interrompre l'activité en cas de problème.

Mettez-vous d'accord sur une procédure de prise de contact. Demanderez-vous comment tout se passe ? Utiliserez-vous un geste ? Qui prendra l'initiative ? Connaître la procédure à l'avance vous évitera d'avoir à improviser sur le moment, alors que vous êtes déjà submergé(e) par vos sensations et vos émotions.

Scénarios spécifiques

Que faire lorsqu'on a envie d'essayer quelque chose mais qu'on ne sait pas comment le formuler ?

Commencez par la sensation, pas par la pratique. Au lieu de décrire un acte précis, décrivez ce qui, dans cet acte, vous attire. Est-ce l'abandon ? Le contrôle ? La sensation ? Le tabou ? Une fois la sensation identifiée, il est plus facile de trouver les mots pour décrire des pratiques susceptibles de la procurer.

Que faire lorsque votre partenaire veut quelque chose dont vous n'êtes pas sûr(e) ?

Posez d'abord des questions. Intéressez-vous à ce qui les attire. Demandez-leur de décrire leurs sensations, ce qu'ils espèrent vivre et pourquoi ils vous font confiance. Vous n'êtes pas obligé·e de dire oui immédiatement. Vous pouvez dire : « Je veux mieux comprendre avant de me décider. » L'important ici, c'est de discuter kink .

Que faire lorsque vous voulez explorer ensemble mais que vous ne savez pas par où commencer ?

Commencez par une recherche. Lisez tous les deux le même article, regardez la même vidéo ou suivez le même cours. Ensuite, discutez ensemble de ce qui vous a intéressés. Cela permet à chacun de trouver une base commune et évite à l'un de prendre l'initiative.

Que faites-vous lorsque vous changez d'avis en pleine conversation ?

Vous avez le droit de le faire. Une négociation n'est pas un contrat. Vous pouvez dire : « J'étais intéressé(e) ce matin, mais maintenant j'hésite. » Ce n'est pas de la faiblesse, c'est de l'honnêteté. L'important, c'est de le dire avant de vous sentir piégé(e).

Mots de sécurité et signaux

Un mot de sécurité est un mot qui interrompt immédiatement toute activité. Il doit s'agir d'un mot que vous n'utiliseriez pas habituellement pendant l'activité, afin qu'il soit sans équivoque dans son contexte.

Certaines personnes utilisent un code couleur : vert, jaune, rouge. Le vert signifie continuer. Le jaune signifie ralentir ou adapter son comportement. Le rouge signifie s’arrêter immédiatement.

Certains utilisent des mots sans rapport avec le sujet : ananas, aéroport, éléphant. La seule règle est que le mot ne doit pas être utilisé dans une partie normale.

Les signaux non verbaux de sécurité sont importants pour les personnes qui deviennent non verbaux sous certaines formes de stress. Parmi les signaux non verbaux courants, on peut citer le fait de laisser tomber un objet, de faire un geste spécifique ou de serrer la main selon un schéma particulier. Il est important de convenir du signal avant d'en avoir besoin.

Dès que le mot de sécurité est prononcé, la réaction est immédiate. Pas de discussion, pas de négociation, pas de vérification. On s'arrête. On vérifie. On ne reprend pas tant que les deux personnes n'ont pas confirmé que tout va bien.

Au cours de l'expérience

L'enregistrement n'est pas facultatif. C'est une infrastructure.

Certaines personnes craignent que le simple fait de prendre des nouvelles de l'autre ne casse l'ambiance. D'après mon expérience, cette crainte est presque toujours exagérée. Demander comment ça va, ou donner de ses nouvelles, n'est pas une façon de gâcher l'ambiance. C'est une marque d'attention. La plupart des gens se sentent plus en sécurité, et donc plus ouverts, lorsqu'ils savent que leur partenaire est attentif à leurs besoins.

Faites simple. Une seule question suffit : Comment allez-vous ? Est-ce que ça vous convient ? Est-ce que vous vous sentez bien ?

Soyez attentif au langage corporel, surtout s'il est difficile de communiquer verbalement. Cherchent-ils à s'éloigner ou à se rapprocher ? Sont-ils tendus ou détendus ? Le langage corporel est une source d'information. Utilisez-le.

Sachez reconnaître les signes indiquant que quelque chose ne va pas. Si une personne pleure, si elle devient très silencieuse, si elle vous repousse physiquement, si elle dit non même sans mot de sécurité, ce sont autant de raisons de s'arrêter et de prendre de ses nouvelles immédiatement.

Conversations de suivi

Ce qui se passe après l'expérience compte autant que ce qui se passe pendant.

Le suivi post-événement ne se limite pas aux aspects physiques. Il est aussi émotionnel et verbal. Prenez le temps de parler de ce qui s'est passé. Demandez-leur ce qui leur a plu, ce qui les a surpris, ce qu'ils aimeraient renouveler et ce qu'ils souhaiteraient changer.

Partagez vous aussi votre propre expérience. Dites-leur ce que vous avez remarqué, ce que vous avez apprécié, ce que vous êtes encore en train d'assimiler.

Ces conversations jettent les bases des négociations futures. Plus vous parlez de ce qui s'est passé, plus il devient facile d'aborder la suite des événements.

Développer la compétence au fil du temps

La négociation n'est pas une compétence que l'on maîtrise une fois acquise. C'est une pratique qui se développe au fil du temps, par la répétition, l'attention et la capacité d'accepter de se tromper.

Certains couples trouvent que les conversations structurées sont plus efficaces que les discussions spontanées. Ils réservent un moment chaque semaine pour parler de leurs désirs, de leurs fantasmes et de ce qu'ils aimeraient essayer. Cela permet d'éviter la pression de devoir prendre l'initiative sur le moment.

D'autres trouvent que les jeux et les exercices sont utiles. Lire le même livre et en discuter. Décrire à tour de rôle ses fantasmes. Créer une liste commune de limites et d'intérêts à mettre à jour régulièrement.

L'objectif n'est pas une négociation parfaite, mais un mode de communication qui facilite les négociations futures, réduit les enjeux et les rend plus productives.

La chose la plus importante

Vous n'avez pas besoin de trouver les mots justes. Vous n'avez pas besoin d'avoir l'air sûr de vous ou savant. Vous n'avez pas besoin d'être un expert en kink pour poser une question sur le sujet.

Il faut commencer. Il faut oser montrer son désir, même imparfait. Il faut oser ressentir la peur et demander malgré tout.

La conversation n'est pas le plus difficile. La conversation est la porte d'entrée. Ce qui se trouve de l'autre côté, c'est ce que vous aurez le courage de construire ensemble.

Si vous souhaitez des outils pratiques pour parler de désir, définir des limites et instaurer une relation de confiance propice à la négociation, nous avons créé une ressource à cet effet : le Guide des rituels Kink . Il est conçu précisément pour les personnes qui souhaitent explorer leur sexualité avec plus d’authenticité.

Ou, si vous travaillez avec une personne qui a du mal à se sentir suffisamment en sécurité pour poser la question, les séances Blooming Wild offrent un soutien axé sur le somatique pour les personnes confrontées à la honte, à la dissociation et au désir dans des contextes intimes.

Demander est la première étape. Tout le reste vient après.

Si cet article vous a interpellé, la prochaine étape n'est pas la théorie, mais l'expérience.

Prêt à aller plus loin ?


Un travail corporel somatique pour celles et ceux qui ne se contentent pas de la théorie, mais qui souhaitent réapprendre à vivre pleinement leur sexualité et leurs émotions.
Freyja
Classé sous : Corps et âme, Fétichisme

par

Freyja cumule les casquettes : photographe, auteure, coach, praticienne de tantra et militante pour l’égalité des droits. Elle écrit pour Rebelsluts sur des sujets variés et passionnés, et s’intéresse particulièrement à la façon de concilier intimité et réalité.

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